Jonathan Livingston le goéland

19/04/2015 16:43

de Richard BACH aux Editions J’ai lu

Pages 85, 86 et 87.

 

«  Fletcher Lynd le Goéland était très jeune encore et convaincu qu’aucun oiseau n’avait jamais été traité aussi durement que lui ou avec autant d’injustice par aucune communauté.

 «  Peu importe ce qu’ils disent », pensait-il, farouche, et sa vue se brouillait de larmes cependant qu’il volait vers les Falaises lointaines. «  Le vol, c’est tellement autre chose que de sautiller d’un point à un autre en battant des ailes ! Peuh ! Un moustique peut le faire. Un seul petit tonneau bien barriqué autour d’un Ancien, pour rire un brin, et me voilà réduit à la condition d’exclu. Sont-ils aveugles ? Sont-ils incapables de penser à la gloire que ce serait pour nous que d’apprendre vraiment à voler, Je n’ai cure de ce qu’ils pensent. Je leur montrerai ce que c’est que voler ! Je serai un vrai hors-la-loi si c’est là ce qu’ils cherchent et je leur ferai regretter… »

 C’est alors que la voix s’insinua en lui et, bien qu’elle fût très douce, elle le fit sursauter si violemment qu’il perdit l’équilibre.

- Ne les juge pas trop sévèrement, Fletcher le Goéland. En te rejetant, les autres goélands n’ont fait de tort qu’à eux-mêmes et un jour ils le comprendront, et un jour ils verront ce que tu vois.

Pardonne-leur et aide-les à y parvenir.

 A deux centimètres du plan droit de Fletcher volait le plus étincelant de tous les goélands blancs du monde. Il glissait dans les airs sans effort apparent, sans mouvoir une seule plume, avec une vitesse proche de la vitesse limite de Fletcher.

 Il y eu chez le jeune oiseau un instant de stupeur totale.

- Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ?

Suis-je fou ? Suis-je mort ? Et que vois-je ?

 Basse et calme, dans sa pensée en quête d’une réponse, la voix interrogea :

- Oui, je veux voler !      

- Fletcher Lynd le Goéland, veux-tu voler au point d’oublier les tiens et apprendre, puis revenir vers un jour vers eux les aider ?

 Aussi blessé dans son orgueil que fût Fletcher le Goéland, il ne pouvait mentir à cet être magnifique.

- Oui, je le veux, murmura-t-il.

- Alors, Fletcher, lui dit l’être éblouissant dont la voix était empreinte de bonté, commençons par le vol en palier…